Galeries d’arts minuscules pour imagination majuscule 

Les albums ouvrent souvent leurs pages sur des univers graphiques en miniature, offrant de petits mondes de papier aux lecteurs. Dans certains cas, les images de ces albums correspondent à de véritables créations minuscules par les artistes-illustrateurs. Les objets et mondes reconstruits à petite échelle peuvent bien évidemment évoquer les réductions d’objets qui peuplent les chambres enfantines et qui animent de multiples fictions dans leurs jeux. Mais deux expositions montrent la richesse des approches artistiques des œuvres miniatures, qui ne sont pas seulement adressées aux enfants.

Le jardin des Minimiams, Akiko Ida, Pierre javelle, Rue du monde, 2005

En effet cette invitation imaginaire qu’offre la miniature semble avoir aussi une place dans l’actualité, avec des approches artistiques différentes sur le minuscule. L’exposition Small is beautifull actuellement à Paris en montre la virtuosité et la grande diversité avec des œuvres étonnantes faisant systématiquement fiction, et pour chaque artiste, une réflexion sur le monde réel. Et dans cette exposition parisienne, de grandes reproductions photographiques de Pierre Javelle présentent les créations miniatures de Akiko Ida, publiées en 2005 dans un album jeunesse sous le titre Le jardin des Minimiams. Malheureusement la caractéristique alimentaire, donc éphémère, des œuvres ne permet ni leur conservation ni leur exposition plus de quinze ans après.

Il est donc intéressant d’apprécier ces créations miniatures quand elles sont montrées, c’est le cas d’une autre exposition également liée à l’édition pour la jeunesse car elle présente le travail de deux créateurs d’images pour l’album.

À La Cachotterie, galerie d’arts minuscules de l’auteur-illustrateur Frédéric Clément, une exposition mêle les originaux de son dernier album Isidor Dé, couturier des fées (Saltimbanque éditions, 2021) aux dessins de l’illustratrice Isabelle Chatellard, et cela jusqu’au 8 janvier 2022 (en association avec la galerie L’art à la page).

Sur les murs, les œuvres des deux artistes alternent sous une ribambelle de toutes-petites figurines et d’objets minuscules : collections de dés, paires de ciseaux anciens et personnages miniatures. Ce tissage visuel entre dessins, peintures et objets exposés demande à la visiteuse de s’approcher pour en apprécier les détails et d’ainsi participer à ces « Histoires cousues » qui naissent de multiples correspondances possibles.

Isabelle Chatellard, Des motifs ou presque… L’art à la page, 2013.

Du côté des créations de Isabelle Chatellard, ses dessins d’une très grande finesse jouent avec les motifs empruntés à la nature, présentés sur papier en séries et en variantes légèrement colorées. L’ensemble se caractérise par des jeux délicats d’accumulation visuelle avec des motifs de toute petite taille tracés du bout du crayon. À certains motifs présentés comme des échantillons textiles, s’ajoutent des dessins d’arbres dont l’artiste a choisi d’esthétiser l’alignement des troncs ou l’entremêlement des branches. Le regard est invité en deux temps : le motif accroche et séduit, puis en approchant, on découvre de multiples surprises graphiques avec des collections d’insectes, d’oiseaux, de branches, fruits et fleurs, qui jouent avec le blanc des fonds.

éditions Saltimbanques, 2021

Et  le nouvel album de Frédéric Clément, inspiré d’un petit nécessaire de couture ancien exposé dans la galerie, déroule le récit merveilleux d’un atelier de confection pour fées, donc d’une création en miniature. Son style fantaisiste, sophistiqué et poétique, inspiré de collections et d’assemblages depuis l’album Magasin Zinzin (Ipomée-Albin Michel jeunesse, 1995) se décline cette fois à hauteur de dé : les dentelles et épingles se joignent aux plumes, insectes, fèves et pépins de pomme. Les planches peintes représentant les robes sorties de l’atelier du couturier sont aussi exposées, et accompagnées d’originaux plus anciens, rappelant que l’illustrateur a aussi une prédilection, depuis les années 80, pour les costumes baroques, les tissus précieux et les plis. Les lecteurs amateurs des illustrations de Frédéric Clément y reconnaitront des originaux pour les recueils ses contes de Mme d’Aulnoy, La chatte blanche et autres contes (1989), L’oiseau bleu et autres contes (1991), édités chez Grasset jeunesse. C. Plu

.

« En fait, l’imagination miniaturante est une imagination naturelle. Elle apparait à tout âge dans la rêverie des rêveurs-nés.

[…]

La miniature fait rêver. Ainsi le minuscule, porte étroite s’il en est, ouvre un monde. Le détail d’une chose peut être le signe d’un monde nouveau, d’un monde qui comme tous les mondes, contient les attributs de la grandeur. La miniature est un des gites de la grandeur ».

Gaston Bachelard, Poétique de l’espace, PUF, 1957.

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